Le retour du loup en France est attesté en novembre 1992, lorsqu'un couple est aperçu dans le Parc du Mercantour lors d'un comptage d'ongulés. Il porte depuis une charge symbolique considérable.
Disparu au début du XXe siècle suite à une élimination systématique, son retour provoque des réactions et des tensions exacerbées entre ceux qui souhaitent le voir s'établir définitivement en France, et ceux qui craignent que ce retour signe la fin du pastoralisme.
Pour ses défenseurs, le loup est le signe du renouveau et de la bonne santé de la vie sauvage dans certains endroits protégés comme les parcs nationaux. Un animal totem admiré pour son comportement social mais victime de la volonté destructrice et aveugle de l'homme.
Pour ses adversaires, il est le loup effrayant de notre imaginaire populaire, démon intelligent et mauvais, tuant par plaisir. Omniprésente dans les mémoires, autant que dans la toponymie française, la crainte viscérale du loup n'est pas morte. L’État tente de trouver des compromis en aidant les éleveurs à se protéger, en indemnisant les pertes et en autorisant certains tirs dans des conditions très strictes. Mais personne ne s'en satisfait.

Une situation explosive, un malaise abyssal, symbolisé par le loup et qui le dépasse certainement. Symbole de deux visions de notre rapport à la nature, de notre rapport à l'animal, sauvage ou domestique, de notre place dans la nature, de nos besoins, et de notre partage des territoires.


Depuis bientôt deux ans, je vais à la rencontre de petits éleveurs dans différentes régions françaises pour comprendre l'impact du retour du loup sur leur travail et leur vie. Sur des territoires où l'homme a laissé son empreinte en gérant l'environnement pendant des décennies, pastoralisme mais aussi tourisme, et qu'il doit maintenant réapprendre à partager avec un prédateur.
Je crois à une troisième voie possible pour un discours apaisé qui chercherait une cohabitation plus sereine entre l'animal et les éleveurs. Une voie qui nécessite que l'on écoute et comprenne les éleveurs tout en se réjouissant du retour du loup, symbole d'un écosystème riche et diversifié.